Les monuments commémoratifs

Monument aux Morts

En souvenir des Enfants de la Commune morts pour la France au cours de la guerre 1870-1871, de la Première guerre mondiale, de la Seconde guerre mondiale, et de la guerre d'Indochine.

3 stèles honorent par ailleurs les maquisards tombés lors des combats de 1944.

La seconde guerre mondiale

Un texte rappelle les faits qui se sont déroulés sur notre commune pendant les heures sombres de notre histoire.

Allocution rédigée et prononcée le 16 juillet 1994, à l'occasion de la commémoration du cinquantenaire de la libération, par Frank Steyaert, alors Maire-adjoint.

Lorsqu'en 1939 éclate la deuxième guerre mondiale, la France, mal préparée, ne pourra pas faire face à l'avancée rapide de l'armée allemande. Le Maréchal PETAIN, appelé au pouvoir, signe l'armistice le 16 juin 1940. Le Général de Gaulle, réfugié à Londres, refuse la défaite et lance à la radio son célèbre appel du 18 juin qui ne sera d'ailleurs entendu que par une poignée de Français.

La France est désormais coupée en deux. Le département de l'Ain appartient à la zone dite libre qui relève du gouvernement de Vichy. Pourtant, le Pays de Gex, limitrophe de la Suisse, est en zone occupée. La proximité de la ligne de démarcation expliquera que nos villes et nos villages ont bien souvent hébergé puis caché de nombreux patriotes qui fuyaient les contrées soumises au joug allemand.

Mais le régime de Vichy, durant les mois suivants, développe sa politique de collaboration avec l'ennemi. Déjà, les consciences s'agitent et de nombreux patriotes pensent à reprendre le combat. Et à cet égard le Département de l'Ain va donner à la France un exemple de bravoure.

L'année 1942 est notamment marquée par l'instauration par Vichy du Service du Travail Obligatoire qui devait fournir à l'industrie allemande de la main d'œuvre française. En échange les allemands libèreraient des prisonniers français victimes de la défaite de 1940.

De très nombreux jeunes gens se refusent au S.T.O et gagnent aussitôt la montagne ou les fermes isolées. Les premiers maquis se forment.

Après le 11 novembre 1942, la France est totalement occupée. La Résistance prend corps et son activité se multiplie sur tous les plans durant l'année 1943, malgré l'arrestation de la Gestapo du Général Delestraint puis, en juin 1943, de Jean Moulin, Chef de la résistance.

Notre région se prête admirablement bien à ces activités de résistance. Les partisans trouvent en effet un refuge commode dans les vastes forêts et les montagnes difficile d'accès ou dans les fermes dispersées. Des terrains plus larges permettent les parachutages assurant la livraison indispensable des armes.

Tandis que la police allemande exerce de façon systématique ses perquisitions et ses sévices dans la plaine où elle traque sans relâche les résistants, les réfractaires au S.T.O, les prisonniers évadés, les réfugiés juifs, elle hésite en revanche à s'aventurer dans la montagne, solidement tenue par les partisans. Ainsi, le 11 novembre 1943, les maquisards défilent à Oyonnax et à Nantua, apportant au monde le témoignage d'une France encore debout. Bien sûr la répression des allemands s'acharnera sur les civils. Ainsi beaucoup d'hommes et de jeunes gens de Nantua et Oyonnax seront arrêtés le 14 décembre 1943 et déportés dans les camps de concentration.

Pourtant rien n'entame la détermination des forces vives combattantes. Le 6 juin 1944, les alliés débarquent sur la côte normande. Les combats prennent alors une tournure nouvelle. Dans toute la France il est un seul mot d'ordre : empêcher coûte que coûte le repli des forces allemandes vers le front normand afin de ne pas entraver la progression des alliés.

La Résistance et le Maquis passent à la lutte ouverte et mettent en place les plans d'insurrection. Les sabotages sur la voie ferrée se succèdent à un rythme accéléré pour le plus grand dommage des transports ennemis en hommes et en matériels. On tente, le plus souvent avec succès, d'entraver le passage sur route des convois allemands. C'est à cette période, en juin et juillet 1944, que notre région et forcément notre commune furent le théâtre de la guerre active avec tous ses drames.

A l'image de ce qui se prépare dans le Vercors ou sur le plateau des Glières, le Commandement allié et le Capitaine ROMMANS-PETIT, Chef des Maquis de l'Ain, souhaitent l'installation d'une zone libre, véritable camp retranché dans la partie montagneuse du département. Il convient donc de protéger le Plateau d'Hauteville-Brénod en installant des barrages d'arbres abattus sur toutes les routes d'accès. Les combattants s'installent sur tous les points stratégiques surplombant les routes.

Dès le 13 juin, l'ennemi tente de monter sur le plateau. Il n'y parvient ni par la côte de Virieu, ni par la Lèbe. Les allemands montent alors une opération qui permettra de lever les barrages et d'accéder au Plateau d'Hauteville. Le 15 juin, le verrou de la Lèbe ne tient plus. Le village de SAINT-MAURICE est brûlé. Les allemands passent le col de la Lèbe et rejoignent Ponthieu et la Croix du Pin par la route mais aussi à travers la forêt de Gervais.

En passant par la grande route, les allemands fusillent lâchement Octave MIGUET, paisible retraité qui cultivait son jardin à côté de sa maison à Sainte-Blaizine.

En traversant la forêt de Gervais, l'effet de surprise est total pour coincer les résistants stationnés à Ponthieu, Raymond GARIN, Emile CLEYET, Lucien ADOBATI, Jean ALLOIN et Claudius OLIVETTI sont immédiatement fusillés.

A la Croix du Pin, les deux frères André et Georges BILLON, âgé de 22 ans, sont arrêtés. Emmenés à Artemare, ils seront ensuite conduits à Challes-les-Eaux où ils seront fusillés le 20 juin.

Le 16 juin au matin, les allemands reviennent à Ponthieu où ils s'installent et font ripaille pendant plusieurs jours, tuant les bêtes et consommant copieusement les provisions des habitants de Ponthieu qui avaient été conduits à Virieu.

Quelques jours plus tard, autour du 20 juin, les allemands font une rafle aux Catagnolles et aussi au Gros Jean où ils avaient remarqué que le maquis venait s'approvisionner. Les nazis retiendront finalement huit personnes (les plus jeunes dont une femme, Madame Berthe TARDY) dans une grange. Les efforts et les discussions entamés avec les officiers allemands par Monsieur Marius CYVOCT, Maire de la Commune, et par Monsieur Louis BORRON, Instituteur et secrétaire de Mairie aboutiront à la libération de tous les otages. Les allemands promettent même de ne pas brûler de maisons.

L'ennemi se retire alors en direction d'Hauteville, fusillant sur son passage le 22 juin le résistant Henri PORTE, puis en bas de la Lèbe, fusillant trois autres maquisards : Hubert CONVERT, et les deux frères André et Raymond HERBEPIN. Avant de les abattre à bout portant, les nazis poussèrent la cruauté jusqu'à leur faire creuser leur tombe. Après ce massacre, un jeune homme de Sainte-Blaisine, Monsieur Georges BILLON (homonyme du résistant cité précédemment et fusillé) de 22 ans, profita d'une accalmie pour aller courageusement exhumer les corps des trois maquisards et les ramener à la fruitière de Sainte-Blaizine afin de les remettre dans la dignité à leurs familles.

Le 11 juillet, les allemands venant d'Hauteville se dirigent à nouveau vers Thézillieu. Des combats très violents se déroulent à la Lèbe. Trois combattants tombent vers la fruitière des Granges, il s'agit de Paul BUFFET, de Léon EMIN et de Francisque GUILLOT.

Les échanges de feu continuèrent tout au long de la forêt de Gervais, causant la mort de 13 autres maquisards : André BALLET, Paul BESNARD, Emile BOCHET, Paul CABAUD, Pierre CADOZ, Fernand CEYZERIAT, Louis COUTIER, Paul DUCHENE, Constant GIARDINO, réné GIROD, Fernand MOTTET, César MURCIA et Jean POCHONOT tombèrent sous les balles nazies.

Le lendemain, 12 juillet, un nouveau combat s'engagea aux carrières d'Hauteville.

Le 18 juillet, une dernière incursion allemande se déroula sur la commune de PONTHIEU où les maquisard détruisirent le PC allemand. L'ennemi se retira alors en n'oubliant pas d'incendier le hameau malgré la promesse faite auparavant de ne pas détruire le village. Blessé au cours des différents combats, André Marius BILLON, fut transporté à l'hôpital de Nantua. Les nazis n'hésitèrent pourtant pas à effectuer une rafle dans cet hôpital. André BILLON fut fusillé à Montréal la Cluse le 19 juillet 1944.

Si la commune ne revit plus de soldat allemand, il fallut néanmoins d'autres combats et d'autres drames pour que le département de l'Ain soit définitivement libéré le 3 septembre 1944.

Soulignons ici l'aide apportée par la population du Plateau, que ce soit pour permettre aux maquis de vivre, de se ravitailler ou de soigner les blessés. Cette aide a toujours été généreuse, volontaire, courageuse et parfois, héroïque.

C'est ce qui permit au Général de Gaulle alors qu'il venait inaugurer le monument du Val d'Enfer à Cerdon le 24 juin 1956, de déclarer en parlant des gens de l'Ain : « Et puis les hommes d'ici ne sont pas ceux qui s'aplatissent ».

Ce jugement est d'autant plus vrai que durant l'été 1944, l'armée d'occupation était une armée en débâcle qui pratiqua bien sûr systématiquement la politique de fusillade, des exécutions sommaires et de la terre brûlée, détruisant tout sur son passage et son repli. Ces actes de barbarie firent compter 700 tués dans le département de l'Ain. Thézillieu a hélas aussi payé son tribu. Pourtant l'atrocité ne s'arrête pas aux noms des combattans qui ont été cités.

En effet, une première vague de répression avait eu lieu dès février 1944. Le 6 février, alors que la neige recouvrait le Plateau, les nazis aidés par les miliciens et collaborateurs investissent les lieux. 2 hommes sont arrêtés : Maurice FALLAVIER et René PERRET de Prémillieu. Ils seront déportés au camp de MAUTHAUSEN en Autriche. Ils n'en reviendront pas. Dans le même temps, à Artemare, Elie CARTET et Florentin MENU sont eux aussi arrêtés. Ils suivront le même sort en étant déportés à MAUTHAUSEN. Seul Florentin MENU reviendra. Elie CARTET mourra là-bas.

Un autre enfant du pays, Emile CYVOCT est arrêté sur son lieu de travail à Saint-André-le-Gaz. Déporté, il mourra au camp de RAVENSBRUCK en Allemagne.

Doit-on décrire ici l'horreur insoutenable de l'enfer concentrationnaire des camps d'extermination nazis ? Il faut en tout cas savoir et se souvenir que cela a existé.

C'était un système conçu par des hommes pour exterminer des hommes. C'était il y a cinquante ans, c'était hier.

Enfin, il convient d'évoquer aussi le souvenir des prisonniers qui furent nombreux sur notre Commune.  Leur plus beau cadeau fut bien sûr qu'ils revinrent vivants. Mais là aussi combien de souffrances endurées et parfois de mutilations. Et puis, du témoignage même de certains, un retour qui n'était pas facile après cinq ou six ans d'absence. Il fallait réapprendre à connaitre sa famille, réapprendre à fonder un foyer avec son épouse, retrouver des enfants qui avaient grandi sans pratiquement connaitre leur père. Il fallait retrouver sa ferme et son métier, il fallait réapprendre la vie d'homme libre.

Aujourd'hui, un hommage plus appuyé est rendu aux combattant, aux résistants ainsi qu'aux victimes de la guerre de 1939-1945. Il va de soi que cet hommage concerne aussi tous les combattants des autres conflits qui sont tombés pour notre liberté et pour la France. Leurs noms sont inscrits sur le Monument aux Morts ainsi que sur les stèles qui ont été fleuries le 18 juin et le 11 juillet derniers.

Cet hommage, nous souhaitons le rendre aussi plus généralement à tous les combattants et résistants, ceux qui aujourd'hui sont parmi nous et ceux qui sont disparus depuis.

Ils se sont battus pour nous. Il se sont battus pour leur pays. Il se sont battus pour la liberté, pour que nous soyons libres aujourd'hui.

Tous ensemble, nous leur devons une profonde reconnaissance.

Lecture des noms

André BILLON :
Mort pour la France, fusillé le 20 juin 1944 à Challes-les-Eaux à l'âge de 21 ans.
Georges BILLON, son frère :
Mort pour la France, fusillé le 20 juin 1944 à Challes-les-Eaux à l'âge de 23 ans.
André Marius BILLON :
Mort pour la France, fusillé le 19 juillet 1944 à Montréal-la-Cluse à l'âge de 20 ans.
Elie CARTET :
Mort pour la France, mort en déportation au camp de MAUTHAUSEN (Autriche) le 14 avril 1944 à l'âge de 40 ans.
Emile CLEYET :
Mort pour la France, fusillé à Ponthier le 15 juin 1944 à l'âge de 30 ans.
Emile CYVOCT :
Mort pour la France, mort en déportation au camp de RAVENSBRUCK (Allemagne) le 14 avril 1945 à l'âge de 37 ans.
Maurice FALLAVIER :
Mort pour la France, mort en déportation au camps de MAUTHAUSEN (Gusen) (Autriche) le 22 avril 1945 à l'âge de 21 ans.
Raymond GARIN :
Mort pour la France, fusillé à Ponthieu le 15 juin 1944 à l'âge de 22 ans.
Octave MIGUET :
Mort pour la France, fusillé à Sainte-Blaizine le 15 juin 1944 à l'âge de 66 ans.
René PERRET de Prémillieu :
Mort pour la France, mort en déportation au camps de MAUTHAUSEN (Autriche) le 27 juin 1944 à l'âge de 20 ans.